Questions d’écurie
Le timing comptera lui aussi : “Si on veut vraiment avoir une influence, il faut le faire de manière précoce. Notre rôle est d’aiguiser la capacité des candidats à bien appréhender les problèmes”, soutient Thierry Pech.
L’Ifrap, l’Institut Montaigne et l’Institut de l’entreprise ont tous trois discuté avec l’équipe d’Edouard Philippe de sa proposition d’un “deal fiscal XXL” de 50 milliards d’euros de baisse des impôts de production contre une réduction équivalente des aides publiques aux entreprises. Présidé par Pierre-André de Chalendar, l’Institut de l’entreprise a par ailleurs reçu ces derniers mois Bruno Retailleau, Gabriel Attal et Raphaël Glucksmann autour d’un petit-déjeuner devant pas plus d’une trentaine de dirigeants. Le 29 septembre, ce sera au tour d’Edouard Philippe.
Lors des échanges avec les politiques, les questions ont tourné autour des normes, des impôts de production, mais aussi de la stratégie politique. Avec une interrogation incontournable : “Comment allez-vous faire pour repousser les extrêmes ?” Ni Marine le Pen ni Jean-Luc Mélenchon n’ont été conviés par l’institut.
Le leader Insoumis phosphore, lui, dans d’autres cercles. Son concept de “nouvelle France”, qui a déjà marqué la campagne, a été travaillé dans les rangs de l’Institut de la Boétie, les mois précédant la campagne des municipales. C’est à ce jour le seul think tank qui participe aussi directement à la réflexion et à la formation des Insoumis, qui dévoileront en novembre l’actualisation de leur programme. Dans les prochains jours, Eric Berr, le coresponsable du département d’économie, fera la promotion de son livre intitulé Mélenchonomics (éd. Les liens qui libèrent). “Nous, on a fait l’inverse des partis qui piochent ailleurs. On crée un think tank et on construit avec, on continue le travail intellectuel à côté du mandat parlementaire”, revendique le député Hadrien Clouet, coordinateur du programme avec Clémence Guetté.
De son côté, l’Institut Rousseau, qui œuvre aux “conditions d’une République sociale, écologique et démocratique”, s’est félicité du débat rouvert sur l’annulation des dettes publiques détenues par la BCE, une proposition défendue dès sa création en 2020 auprès des Insoumis et des Ecologistes.
Savoir se raconter
Quelle que soit leur coloration politique, une conviction semble avoir gagné les cercles de pensée : l’expertise sans récit articulé est prédestinée à l’échec.“On a beaucoup réfléchi au récit qu’on voulait raconter autour de l’urgence d’une politique économique des grandes transformations”, explique Clara Léonard, cofondatrice de l’Institut Avant-garde, conseillé par l’agence GreenLEX. “Les mots que vous installez dans le débat public sont fondamentaux”, insiste Jean-Michel Blanquer, à la tête du Laboratoire de la République. L’ancien ministre de l’Education a accueilli ce week-end Edouard Philippe, François Hollande, Sébastien Lecornu, Xavier Bertrand ou encore Bernard Cazeneuve lors de ses universités d’été à Sens (Yonne). “Faire sens ensemble” est son slogan, aidé pro bono par le communicant Nicolas Bordas, pour défendre un “projet de société avant même des mesures techniques”, explique-t-il.

