PARIS — Voilà les poids lourds de la mode française soulagés, bien loin de leur colère de cet hiver, quand, au plus fort des négociations sur le budget, Bercy avait supprimé la subvention de l’Institut français de la mode (IFM) pour faire des économies. Six mois plus tard, la direction de l’IFM a appris que l’école touchera finalement la moitié de sa subvention, soit près d’un million d’euros. “Nous avons été nombreux à hurler”, glisse un représentant de la filière, ravi du rétropédalage gouvernemental.
Ce rétablissement ne tombe pas du ciel : il est dû à l’intervention personnelle de Brigitte Macron, a appris POLITICO auprès de trois personnes au fait du dossier.
L’alerte a été donnée par Sidney Toledano, conseiller spécial de Bernard Arnault chez LVMH et président de l’IFM, qui s’est plaint directement de cette coupe budgétaire auprès de la Première dame après un défilé Dior en janvier. Avant de lui en parler à nouveau à l’Elysée, lors d’une remise de médaille quelques semaines plus tard.
Le message a aussitôt été transmis à Emmanuel Macron, puis répercuté dans la foulée aux ministères. Des rendez-vous de Toledano à Bercy et Matignon ont achevé de convaincre la direction générale des entreprises de ressusciter la subvention. L’épouse du président, tout comme Roland Lescure (Economie) et Sébastien Lecornu, comptaient parmi les bons samaritains cités par Toledano lorsqu’il a annoncé la bonne nouvelle au conseil d’administration de l’école.
La décision a été formalisée juste avant le vote de la loi de finances, adoptée le 19 février. Après “une V0 où l’on estimait que l’IFM pouvait absorber” la coupe, résume-t-on du côté de Bercy, le ministère de l’Economie “a récupéré une marge de manœuvre, étudié qui il voulait prioriser”. Pour finalement s’arrêter sur “un montant important, certes, mais à relativiser”.
L’annonce a été accueillie à proportion de l’ire et de la surprise des fédérations de la mode au début des débats sur le budget 2026. Pour mémoire, le ministère de l’Economie avait aussi diminué le financement du Défi, l’organe de développement économique de la filière. “L’IFM fonctionnant très bien, et vu les finances de l’Etat, il n’est pas illogique de s’interroger sur la subvention. Mais la méthode était très rude”, regrette encore aujourd’hui un cadre du luxe.
Un réseau aux mailles serrées
L’Institut français de la mode, fondé et d’abord financé par les entreprises du secteur, a bien sûr d’autres amis que Brigitte Macron. “Nous avons été nombreux à hurler”, glisse un représentant de la filière, ravi du rétropédalage gouvernemental.
Pierre-François Le Louët, à la tête de l’Ufimh, et Pascal Morand, président exécutif de la Fédération de la haute couture et de la mode après avoir lui-même dirigé l’IFM, notamment, se sont démultipliés pour appuyer Sidney Toledano dans son entreprise de sauvetage. “On a fait feu de tout bois”, fait savoir Xavier Romatet, directeur général de l’IFM, lui aussi monté au créneau, d’un cabinet ministériel à l’autre, pour dénoncer le coup de rabot.
Dans leur plaidoyer, les professionnels du secteur ont aussi trouvé le soutien de la députée et ancienne ministre Olivia Grégoire (EPR). En plus d’amendements qui ont divisé par deux la ponction sur le budget du Défi, l’élue s’est “beaucoup mobilisée auprès du Premier ministre et de Bercy” pour soutenir l’IFM, confirme son entourage à POLITICO. Mais rien de tout ça n’a payé avant l’intervention personnelle de Brigitte Macron.
Une habituée de l’IFM
Sollicité, l’Elysée nous répond que Brigitte Macron “n’intervient pas dans le processus d’attribution des subventions”, même si elle “connaît effectivement l’IFM car elle a assisté à plusieurs défilés organisés par les élèves”.
Pilier de LVMH, dont il a dirigé la division mode jusqu’à l’été dernier, Toledano connaît bien Brigitte Macron, dont les marques favorites sont celles du groupe. Elle est en effet éprise de Dior, dirigé par Delphine Arnault, et raffole aussi des tenues que lui concocte Nicolas Ghesquière, directeur artistique de Louis Vuitton. Comme habituée des défilés de l’IFM, dont les étudiants ouvrent la Fashion Week, la Première dame creuse également le sillon éducatif avec son Institut des vocations pour l’emploi, cocréé et financé par le géant du luxe français, dont le plus récent campus a ouvert à Bordeaux en mars.
Au total, l’école sauve donc la moitié de sa subvention. “Elle s’élèvera en 2026 à 945 000 euros”, soit environ 4% du budget de l’IFM, se réjouit Romatet. De quoi “atteindre l’équilibre financier”, l’école étant une association à but non lucratif.
Le symbole compte autant que le chiffre, puisque l’Etat est partenaire de l’école depuis sa création, il y a 40 ans. “Ce soutien constant est l’un des garants de la gouvernance de l’IFM, dirigé par tous les acteurs de la profession. Ce modèle, qui nous distingue des autres écoles françaises ou européennes, fonctionne précisément parce que l’Etat joue le rôle d’arbitre et de cofinanceur”, conclut son directeur général.

