BRUXELLES — Le président du Conseil européen, António Costa, presse les 27 dirigeants des Etats membres d’avancer sur le prochain budget de 1 800 milliards d’euros de l’Union européenne lors d’un sommet qui se tiendra à Chypre vendredi.

Alors que l’Europe cherche tant bien que mal à faire face aux conséquences de la guerre au Moyen-Orient sur les prix de l’énergie et sur son économie, il est peu probable que les chefs d’Etat et de gouvernement présents à Nicosie aient à l’esprit les détails du prochain budget à long terme de l’UE.

Mais António Costa souhaite parvenir à un accord d’ici à la fin de l’année et a prévu deux heures de discussion pour tenter de relancer l’une des questions les plus politiquement délicates de ces négociations : l’introduction éventuelle de nouvelles taxes à l’échelle européenne.

L’UE doit commencer à rembourser 25 milliards d’euros par an à partir de 2028 sur la dette commune qu’elle a émise pour amortir les conséquences économiques de la pandémie de Covid. Neuf mois après le début des négociations budgétaires, on ne sait toujours pas d’où viendra cet argent.

Depuis le mois de mars et le report des discussions, il “n’est devenu que plus pressant” d’avancer sur le budget, a écrit António Costa aux chefs d’Etat et de gouvernement avant leur réunion informelle à Nicosie.

Cette volonté du Portugais est aussi influencée par le calendrier politique. Les responsables publics souhaitent conclure les pourparlers avant l’élection présidentielle française d’avril 2027, car ils craignent qu’une victoire d’un candidat du Rassemblement national, actuellement en tête des sondages, ne les fasse échouer.

Parvenir à un accord dans ce délai serait exceptionnellement rapide par rapport aux habitudes de l’UE et renforcerait la réputation d’António Costa de fin négociateur. Mais toute avancée dépendra de la mesure dans laquelle les gouvernements seront prêts à faire des compromis — et pour l’instant, il n’y a guère de signes d’évolution.

Les discussions entre les experts du budget à Bruxelles se sont enlisées dans des désaccords sur des points techniques et des querelles sur les domaines les plus sensibles. Le président du Conseil européen souhaite maintenant que les dirigeants interviennent et donnent une orientation politique aux négociations.

“Nous devons nous adresser au plus haut niveau politique pour obtenir des orientations”, estime un haut responsable de l’UE, sous couvert d’anonymat pour discuter des coulisses de ces négociations.

Impasse à Bruxelles

Les négociations sur le budget de l’UE pour la période 2028-2034 — qui définira les dépenses dans tous les domaines, des subventions à l’agriculture aux achats d’équipements militaires — sont politiquement tortueuses.

Les gouvernements les plus riches d’Europe du Nord sont réticents à l’idée de contribuer davantage et restent sceptiques quant à l’idée de donner à la Commission européenne plus de pouvoirs en matière de fiscalité.

Les pays moins développés d’Europe du Sud et de l’Est, en revanche, soutiennent un budget plus important et s’opposent largement aux réductions des subventions à l’agriculture et des financements régionaux, qui représentent ensemble près de la moitié du total.

Les négociations “devraient, si possible, être finalisées d’ici la fin de l’année”, a déclaré la semaine dernière le chancelier allemand Friedrich Merz. | Michael Kappeler/picture alliance via Getty Images

La proposition de la Commission de juillet dernier tentait de concilier ces priorités contradictoires tout en orientant davantage de dépenses vers des objectifs nouveaux, notamment en matière de défense et de technologies stratégiques.

Les experts budgétaires des 27 gouvernements de l’UE ont passé les neuf derniers mois à l’étudier minutieusement. Mais les vetos des Etats ont bloqué les progrès sur les questions les plus sensibles sur le plan politique.

L’opposition s’est particulièrement forgée autour des nouvelles taxes sur les produits du tabac, les déchets électriques non recyclés et les revenus des entreprises.

“Nous avons besoin d’une impulsion politique venant des dirigeants, car nous ne pouvons plus faire grand-chose au niveau technique”, assure un diplomate de l’UE. “Ce n’est plus [le] moment pour les dirigeants de se contenter de lire leurs notes lors du sommet.”

La discussion à Nicosie devrait aider la présidence chypriote du Conseil de l’Union européenne à proposer un document de négociation budgétaire avec de nouveaux chiffres en juin.

Les élections françaises en ligne de mire

Les calendriers électoraux de l’Europe ont créé une étroite fenêtre d’opportunité pour António Costa afin de faire avancer les négociations, selon plusieurs responsables qui les suivent.

En Hongrie, la victoire du conservateur Péter Magyar sur le Premier ministre sortant Viktor Orbán — qui s’opposait au financement de l’Ukraine et au fait de conditionner le versement des aides au respect de l’Etat de droit, deux priorités pour la plupart des Etats membres — a donné aux dirigeants l’occasion de faire avancer les pourparlers.

Viktor Orbán, qui devrait rester à la tête de la Hongrie jusqu’à la mi-mai, ne participera pas au sommet. Les gouvernements espèrent maintenant pouvoir conclure les négociations budgétaires avant les élections françaises.

A Bruxelles, on craint que le Rassemblement national, avec son programme qui prévoit notamment de réduire les contributions de la France au budget de l’UE et de diminuer l’aide militaire à l’Ukraine, ne vienne perturber les discussions au sein du Conseil.

Et ce n’est pas tout : l’Espagne et l’Italie doivent également se rendre aux urnes en 2027, rajoutant de l’incertitude.

Ces négociations “devraient, si possible, être finalisées d’ici la fin de l’année”, a déclaré la semaine dernière le chancelier allemand Friedrich Merz.

Néanmoins, les pays défenseur de l’orthodoxie budgétaire, qui prônent une enveloppe plus modeste, notamment les Pays-Bas et la Suède, pourraient être réticents à faire des concessions dans le seul but d’obtenir un accord rapide.

“Nous préférons un bon budget européen qui prend du temps [à négocier] plutôt que de précipiter un mauvais accord”, glisse un second diplomate de l’UE.

Le Parlement européen souhaite entamer les négociations budgétaires avec le Conseil une fois que les gouvernements nationaux seront parvenus à un accord.

Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.

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