“Soyons honnêtes, le produit de Palantir est très bon et addictif, c’est un peu comme le sucre dans le Coca”, reconnaît le député MoDem Philippe Latombe, défenseur français de la souveraineté numérique. “Palantir est capable de traiter d’énormes quantités de données avec une grande précision et, grâce à son expérience, l’entreprise a eu le temps d’améliorer ses algorithmes auprès de nombreux clients et de les adapter à de nombreux cas d’utilisation.”

Pourtant, la volonté de se libérer de Palantir gagne tout le continent : de Madrid, où le gouvernement de Pedro Sánchez a ordonné aux entreprises publiques d’exclure Palantir des futurs marchés publics, jusqu’aux services de renseignement intérieurs français (DGSI), qui ont préféré l’entreprise française ChapsVision à Palantir. Au Royaume-Uni, le prochain test pourrait avoir lieu en février 2027, lorsque le nouveau gouvernement travailliste d’Andy Burnham devra décider s’il met fin au contrat de 330 millions de livres sterling conclu avec Palantir pour la plateforme fédérée de données de la Sécurité sociale (NHS). 

La décision prise le mois dernier par les services de renseignement français et allemands d’opter pour ChapsVision a porté un double coup dur à la direction de Palantir. Le PDG du géant américain, Alex Karp, est toutefois resté sûr de lui après ce revirement soudain, affirmant qu’il ne s’inquiétait pas de la concurrence européenne. “Nous avons un exemple de ce qui ne fonctionne pas”, a-t-il ironisé la semaine dernière sur Fox Business. “Ça s’appelle l’Europe.”

Alex Karp, PDG de Palantir, est l’invité de l’émission « The Claman Countdown » aux studios de Fox Business Network. | John Lamparski/Getty Images

Olivier Dellenbach, fondateur et PDG de ChapsVision, concède à POLITICO que son entreprise avait tiré profit de ce qu’il qualifie de “rejet viscéral de Palantir” en Europe.

Il refuse toutefois que ChapsVision soit réduit à une simple alternative anti-Palantir. La souveraineté numérique, affirme-t-il, restera une formule creuse si les gouvernements ne la transforment pas en politique industrielle. “Il faut plus de commandes publiques”, estime Olivier Dellenbach.

La Belgique, l’Allemagne, le Luxembourg, la Roumanie, les Pays-Bas et le Canada ont déjà manifesté leur intérêt pour le système d’IA “Artemis” de l’armée française, selon Patrick Moreau, l’un des architectes de cette solution développée par l’entreprise française d’aérospatiale et de défense Thales.

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