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Les ambassadeurs américains en Europe n’ont d’yeux que pour Trump

By staffFebruary 27, 20267 Mins Read
Les ambassadeurs américains en Europe n’ont d’yeux que pour Trump
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L’offensive de charme des ambassadeurs des Etats-Unis en Europe ne vise qu’à plaire à une seule personne : Donald Trump.

Tous les autres, y compris les principaux alliés des Etats-Unis, peuvent s’attendre à peu de charme et à beaucoup d’offense.

Les amis du président américain, promoteurs immobiliers et donateurs politiques qui ont obtenu un poste d’ambassadeur dans l’UE au cours de son second mandat font grincer des dents dans les capitales qui les accueillent.

Leur style diplomatique plus grossier — la réponse des Etats-Unis aux loups guerriers chinois, qui aimaient aussi défier les conventions et critiquer leurs hôtes — n’est pas un bug dans le système. C’est le nouveau système.

Pour les émissaires de Trump, “le public cible est toujours une personne, et une seule”, explique Eric Rubin, ancien responsable de l’American Foreign Service Association et ex-ambassadeur en Bulgarie lors du premier mandat de Donald Trump. Les sentiments de leurs hôtes sont secondaires par rapport à leurs tâches principales : avoir l’attention et l’approbation de Trump — et déplacer le centre de la politique européenne nettement vers la droite.

Les deux émissaires les plus en vue pour contrarier les gouvernements européens sont Charles Kushner à Paris et Tom Rose à Varsovie.

Lorsque Charles Kushner a décrié l’antisémitisme français dans une lettre au président Emmanuel Macron, il ne l’a pas envoyée à l’Elysée, mais l’a écrite dans le Wall Street Journal. | Julien De Rosa/AFP via Getty Images

Tom Rose a tagué Donald Trump à deux reprises dans un post sur X annonçant qu’il rompait ses liens avec le président du Parlement polonais, Włodzimierz Czarzasty, pour des “insultes scandaleuses et non provoquées”. Włodzimierz Czarzasty avait déclaré que le président américain ne méritait pas de recevoir le prix Nobel de la paix.

Lorsque Charles Kushner, ambassadeur à Paris et beau-père de la fille aînée de Trump, Ivanka, a décrié l’antisémitisme français dans une lettre au président Emmanuel Macron, il ne l’a pas envoyée à l’Elysée ni au Monde. Il l’a écrite dans le Wall Street Journal.

La semaine dernière, les relations se sont encore dégradées après que l’ambassade des Etats-Unis à Paris a fait un commentaire politique acerbe à la suite de la mort du militant d’extrême droite Quentin Deranque. Charles Kushner a suscité la colère du gouvernement après avoir ignoré une convocation au ministère des Affaires étrangères. Un appel téléphonique “franc et amical” a fini par aplanir les choses, selon la mission américaine à Paris lundi.

L’ambassadeur des Etats-Unis en Belgique, Bill White, qui décrit le président comme un ami, a fixé trois priorités Trump-friendly pour le personnel de l’ambassade pour 2026, selon deux personnes ayant connaissance de la situation interne à l’ambassade. Comme d’autres personnes dans cet article, elles ont obtenu l’anonymat pour protéger leur emploi ou leurs relations.

Dans la parfaite lignée de l’accent mis par Donald Trump dans son discours sur l’état de l’Union sur la commémoration de la déclaration d’indépendance de 1776, Bill White a insisté sur l’organisation de grandes fêtes pour célébrer le 250e anniversaire de l’Amérique. Il a également accueilli en février la projection d’un film sur la première dame Melania Trump et a donné la priorité aux apparitions dans les médias qui lui permettront de rester dans le radar du président.

Tout aussi soucieux de rester haut dans la file des préférés de Trump, l’ambassadeur de l’Otan Matthew Whitaker, largement considéré comme l’un des ambassadeurs les moins brusques en Europe, préfère apparaître sur Fox News et Newsmax plutôt que sur d’autres médias.

Les visiteurs de la résidence de l’ambassadrice des Etats-Unis au Luxembourg, Stacey Feinberg, qui était une amie proche du militant d’extrême droite assassiné Charlie Kirk, trouveront des chapeaux MAGA rouges ornant le mobilier, selon des photos partagées avec POLITICO.

Plusieurs ambassades américaines en Europe ont refusé de commenter cet article ou n’ont pas répondu.

Le porte-parole principal adjoint du département d’Etat américain, Tommy Pigott, a déclaré que le secrétaire d’Etat Marco Rubio avait “clairement indiqué”, lors de son récent discours à la Conférence de Munich sur la sécurité, que les Etats-Unis “cherchaient à revitaliser l’Europe sur la base de notre histoire et de nos valeurs communes”.

“Le président Trump montre la voie en mettant fin aux politiques alarmistes sur le climat et alimentant l’immigration de masse aux Etats-Unis, qui ont fait de tels dégâts sous l’administration précédente — et il appelle maintenant nos partenaires européens à faire de même”, a ajouté Tommy Pigott. “Grâce à son leadership, les alliés de l’Otan augmentent également leurs dépenses de défense à 5% du PIB.”

Corps non diplomatique

Il n’est pas nouveau que les diplomates américains marchent sur les plates-bandes de l’Europe. Pendant le premier mandat de Donald Trump, les ambassadeurs Richard Grenell à Berlin et Gordon Sondland à Bruxelles ont donné un sérieux coup aux normes diplomatiques. Quand l’homme de Joe Biden en Hongrie, David Pressman, critiquait fréquemment le gouvernement de Viktor Orbán. Il n’est pas non plus inhabituel que les Etats-Unis confient des postes européens à de grands donateurs et à d’autres personnes nommées pour des raisons politiques, plutôt qu’à des diplomates de carrière.

Mais les responsables du département d’Etat, anciens et actuels, se plaignent que les derniers manquements au comportement diplomatique vont plus loin et sapent les intérêts américains et les relations entretenues depuis plus de deux siècles.

“Si vous refusez de vous rendre à une réunion lorsqu’on vous y convoque pour travailler à l’amélioration des relations, pourquoi êtes-vous là ? C’est puéril, c’est embarrassant et cela fait tomber toute prétention d’aider son pays”, considère un diplomate américain.

“Je veux dire, franchement, c’est grossier”, ajoute un ancien haut responsable du département d’Etat.

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Dans le passé, les décisions politiques et les déclarations publiques étaient soigneusement calibrées et passaient par plusieurs départements via le Conseil national de sécurité et l’énorme bureaucratie du département d’Etat.

Ce processus a été largement remplacé par des ambassadeurs indépendants qui communiquent avec un petit groupe de personnes nommées à la Maison-Blanche, souligne Eric Rubin.

“C’est la première fois, certainement dans notre histoire, mais probablement dans l’histoire moderne, qu’une grande puissance tente de mener une diplomatie sans diplomates, sans experts et sans analystes”, pointe-t-il.

La marche à suivre pour chaque situation tendue impliquant des ambassadeurs américains se trouve dans les lignes de la stratégie de sécurité nationale, publiée en décembre. Elle confie aux diplomates américains la tâche de “cultiver la résistance” à la voie tracée par les dirigeants actuels de l’Europe et célèbre la montée des partis d’extrême droite “patriotiques”, considérés comme alignés sur le mouvement MAGA de Donald Trump.

Toutefois, il faut être deux pour mener un combat diplomatique, et tous les pays européens n’ont pas mordu à l’hameçon.

L’ambassadeur des Etats-Unis au Royaume-Uni, Warren Stephens, a “des thèmes clés sur lesquels il tient à s’exprimer”, notamment l’énergie et la liberté d’expression, selon un responsable américain, et il n’a “pas peur de dire ce qu’il pense”. Il en a évoqué plusieurs lors d’un discours prononcé au cours d’un dîner, alors qu’il se tenait à portée de main du vice-Premier ministre britannique David Lammy, en novembre. Ces interventions ont fait tiquer au sein de l’establishment britannique, mais jusqu’à présent, le gouvernement britannique a encaissé les coups.

En Grèce aussi, Kimberly Guilfoyle, l’ancienne fiancée du fils de Trump, Donald Jr, a tout autant séduit que déconcerté. Bien qu’elle ait harcelé les Grecs à propos de la vente du port du Pirée à la Chine, ses relations avec ses hôtes à Athènes sont, selon elle, exceptionnellement idylliques.

“Nous nous voyons probablement trois ou quatre fois par semaine”, a-t-elle déclaré au sujet du Premier ministre Kyriakos Mitsotakis lors d’un événement organisé la semaine dernière.

Il en va de même pour plusieurs ministres du gouvernement, a-t-elle ajouté.

“Ils répondent toujours à l’appel. Peu importe si c’est le week-end, ils viendront si nous devons nous voir chez moi.”

Esther Webber a contribué à cet article depuis Londres, Nektaria Stamouli depuis Athènes et Victor Jack depuis Bruxelles.

Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.

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