PARIS — Que se passe-t-il pour que la France n’envoie pas de ministre à la conférence de Santa Marta sur la sortie des énergies fossiles qui se tient la semaine prochaine ? Et, alors que l’exécutif tricolore préside le G7 cette année, qu’il décide d’escamoter du menu des négociations des ministres de l’Environnement qui s’ouvre ce jeudi 23 avril l’énergie et la lutte contre le changement climatique ?

Nommée au gouvernement en partie pour son expertise sur les négociations environnementales internationales, Monique Barbut a apporté un début de réponse dans son discours de bienvenue à ses homologues du G7.

“Nous vivons une époque complexe, où la protection de l’environnement n’est plus une priorité dans l’agenda international”, a reconnu la ministre de la Transition écologique, soulignant que la France a fait du “pragmatisme” l’un des piliers de sa présidence du club des grandes puissances.

L’impasse sur l’énergie — en particulier la sortie des énergies fossiles — et le changement climatique au G7 est un choix assumé de l’exécutif, qui n’a pas voulu prendre le risque de froisser l’administration américaine, en croisade contre le climat et les énergies renouvelables depuis le retour au pouvoir de Donald Trump. La réunion parisienne est d’ailleurs snobée par les ministres américains, qui seront représentés par la cheffe du bureau des affaires internationales de l’agence américaine pour la protection de l’environnement (EPA) Usha-Maria Turner.

“On a souhaité privilégier l’unité du G7 pour protéger cette enceinte, donc on a choisi de se concentrer sur des sujets moins conflictuels”, justifiait un conseiller de la ministre de la Transition écologique lors d’un échange avec des journalistes organisé en amont.

Si le climat fera l’objet d’une discussion politique, il ne sera pas mentionné dans le communiqué commun.

La réunion ministérielle du G7 n’abordera pas non plus la question des fuites de méthane — autre sujet de discorde entre l’administration américaine et l’Union européenne — pour les mêmes raisons, indique le conseiller précité. La France organise cependant un événement sur ce sujet le 4 mai, à Paris, en présence de nombreux patrons du monde de l’énergie (dont Patrick Pouyanné et Catherine MacGregor côté tricolore) et de ministres étrangers — mais sans représentant américain, selon un programme provisoire consulté par POLITICO.

Sur le reculoir

Monique Barbut a également choisi de ne pas se rendre à la première conférence internationale sur la sortie des énergies fossiles, qui se tient du 24 au 29 avril à Santa Marta, en Colombie, où la France sera représentée par son ambassadeur climat Benoît Faraco.

Contacté, le cabinet de la ministre invoque des “raisons d’agenda” et de logistique pour expliquer cette absence, mais assure que l’exécutif est “super en soutien” de ce sommet.

Reste que cette posture minimaliste agace les défenseurs de l’environnement — d’autant plus que Monique Barbut fut l’une des voix les plus critiques au sein de l’Union européenne pour protester contre le résultat décevant de la COP30, le dernier grand raout des négociations climatiques.

“C’est un vide abyssal de leadership climatique, assène Fanny Petitbon, responsable France de l’ONG 350.org. Il y a un paradoxe à déplorer le résultat de la COP mais, quand on a la main sur l’agenda, ne pas l’utiliser pour parler de l’éléphant dans la pièce. Pour nous c’est une énorme déception.”

Quant à la volonté de ne pas froisser l’administration américaine, elle ne convainc pas les défenseurs de l’environnement. “A quoi ça sert de vouloir garder les US à la table si c’est pour ne parler de rien de pertinent ?” fait mine de s’interroger Swann Bommier, responsable du plaidoyer chez Bloom.

“Aucune discussion sérieuse sur le climat ne peut omettre la place centrale des énergies fossiles et des acteurs financiers qui les soutiennent”, ajoute Olivier Guérin de l’ONG Reclaim finance, qui rappelle que les Etats-Unis, eux, comptent utiliser leur présidence du G20 pour relancer le charbon. 

Et, si la France s’active en coulisses pour que l’Europe se montre plus offensive lors de la COP31, qui aura lieu en novembre en Turquie, ces efforts peinent pour l’instant à se matérialiser — au point que certains s’interrogent sur la stratégie adoptée par la ministre de la Transition écologique.

A trop éviter les sujets qui fâchent, “je ne sais pas dans quoi elle compte mettre son poids politique”, s’inquiète un cadre d’une importante ONG environnementale.

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